Le phénomène de la ville

Auteur : Jean-Luc Nancy

Qu’est-ce qu’une ville ?

Qu’est-ce donc que cet étrange entrelacs de bâtiments, de traverses, d’affairements journaliers et de vies solitaires ?

Quels sont les traits spécifiques, les caractères propres et exclusifs de la ville ?

Qu’est-ce qui la distingue par exemple de la campagne, du village, du bourg, du domaine, du (petit) pays et, plus encore, de la conurbation, de la méga(lo)pôle, du bidonville…etc. ?

Qu’est-ce qui, par ailleurs, fonde son unité conceptuelle, par delà la pluralité de ses manifestations mondaines et mondiales ?

A ces questions, nombreuses peuvent être les réponses apportées.
La ville a en effet ceci de particulier qu’elle transgresse les cloisonnements disciplinaires : l’urbaniste, l’architecte, le sociologue, l’historien, le géographe, le romancier, le philosophe… tous y ont un jour à faire (plus ou moins directement), mais chacun l’appréhende à sa manière, singulièrement, en se concentrant sur tel ou tel de ses aspects et en mobilisant les outils et les méthodes dont il dispose. Chacun a donc sa propre version du fait urbain ; car la ville est bel et bien un fait, un fait qui plus est historique et – en ce sens – fini ou périssable. Et de fait, la ville n’est pas, et ne sera jamais assurée de sa perpétuation. A ce propos, on ne peut dire mieux que la première phrase de la préface du livre dont il est ici question : “La ville n’a pas toujours été, elle ne sera pas toujours, elle n’est peut-être déjà plus.”

Reste, malgré cela, que l’habitat urbain a connu un essor inédit depuis environ 2500 ans et qu’il est devenu un espace privilégié, si ce n’est incontournable de la vie humaine – rappelons à ce titre, que plus de la moitié de l’humanité a désormais rejoint les villes et que rien ne laisse présager un ralentissement de cette dynamique centrifuge. De ses débuts balbutiants dans l’antique Ionie, à sa prolifération actuelle dans toutes les contrées du globe, la ville a grandi, muté, s’est incessamment renouvelée et a fini par s’imposer à nous comme lieu et mode d’établissement référentiels.

Une approche originale

Le dernier livre de Jean-Luc Nancy, La ville au loin, prend acte de cette inflation mondiale, mais ne cherche pas à l’interroger plus avant. Ce qui intéresse le philosophe, professeur émérite à l’Université Marc Bloch – Strasbourg II, c’est bien plutôt de saisir l’atmosphère de la ville, son être et son esprit, non moins que l’Idée qui l’anime. Dans la mesure où il aperçoit la ville dans ce qu’elle a de plus vivant et de plus artistique à la fois, elle est moins, pour lui,  une somme de bâtiments, de passages, d’interstices, de fonctions et même de personnes, qu’une organisation, un agencement et un déploiement infiniment relancés. L’organique prime ici le mécanique et la ville est comprise à l’aune de son propre excès. Toujours en avance sur son propre mouvement, elle recherche incessamment de nouveaux espaces à (s’) intégrer et à remodeler, des frontières à repousser.

Ainsi comprend-on cette phrase de “La ville au loin”   : “L’urbanité s’étiole et se répand, elle se met ainsi à nu, à plat et en question, elle déporte la cité et la citoyenneté, et leur démembrement dessine d’autres constellations, encore innommées.” Une ville essentiellement dynamique donc ! Mais la lecture et l’appréhension nancyennes de l’urbanité sont aussi empruntes (empreintes ?) d’art, et en particulier de littérature et de musique, au sens où “ces deux arts mettent [à l’inverse de la chorégraphie, du cinéma, du théâtre et, plus encore, de la peinture] la résonance interne et l’imprégnation, avant la représentation et le spectacle, le timbre, le ton et l’élan avant la composition et l’harmonie, l’atmosphère avant la narration”. Dans son mouvement ininterrompu, dans ses transports, ses transbordements, dans les déplacements que ses avenues et ses gigantesques boulevards   ménagent aux passants et aux coursiers – être intimes et éminents de la ville –, la ville apparaît comme le lieu même du passage et de l’inchoativité. Elle exerce sur le citadin son pouvoir et son “art des rapprochements furtifs, art des passages passagers, des passants insignifiants, des signifiances inframinces, expédiées sitôt esquissées”.
Titre du livre : La ville au loin
Auteur : Jean-Luc Nancy
Éditeur : La Phocide
Collection : Philosophie – d’autre part
Date de publication : 17/01/11
N° ISBN : 2917694122

A propos de l’Association CONCERT-URBAIN

L’association Concert-Urbain est spécialisée dans la mise en œuvre de projets multimédias à vocation sociale. Internet est le support de notre intervention. C’est un moyen d’initiation aux nouvelles technologies, c’est un moyen d’intégration et de valorisation des cultures, c’est un pont entre les citoyens et leurs représentants. Nos actions comportent trois aspects distincts : • former ceux qui le souhaitent à l’usage des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication ; • bâtir des outils adaptés aux besoins de la concertation ; • renforcer le tissu social en encourageant l’expression personnelle et citoyenne. A cette vocation sociale s'ajoute le souhait d'expérimenter des plateformes techniques innovantes, qui privilégient la rencontre et le débat. Notre équipe inclut des artistes, des musiciens, des sociologues et des journalistes. Aucun n’est salarié ; nous travaillons « par projet ». Voir notre page FACEBOOK pour les dernières infos ! https://www.facebook.com/Concert-Urbain-216943278327209/
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