ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE ?

« Le STREET MEDIA TOTEM » deviendrait-il un projet ESS…?

Le « STREET MEDIA TOTEM » cache une ambition : que les citoyens développent  ensemble et eux-mêmes leurs propres outils de communication. Il s’agit de faire que nous, simples habitants d’un quartier urbain, nous approprions des avancées technologiques qui caractérisent notre époque. Tout le monde est dépassé, non seulement face aux nouvelles technologies, mais aussi face aux marginalités systémiques qu’elles engendrent. Surmontons ces marginalisations, en coordonnant nos moyens.

France Stratégie prévoit qu’en 2020 il y aura quatre-vingts milliards d’objets connectés. L’aubaine que cela représente pour les concepteurs qui en maîtrisent l’usage doit être partagée avec la société civile.  Au-delà de son rôle de « cliente », la société civile peut se donner les moyens de maîtriser les conditions de communications médiées par les NTIC.  Expérimenter l’impact et le déploiement de ces technologies dans un contexte citoyen est vital :

  • Les technologies et interfaces actuelles des réseaux sociaux façonnent nos relations et les opinions qui en émergent. Elles nous imposent des solutions « toutes faites », qui engendrent des « bulles » et n’optimisent pas le débat de société qui nous est indispensable.
  • Nous avons aujourd’hui les moyens de créer nos propres supports de diffusion de contenus, dont nous pouvons aussi assumer la responsabilité. Cette appropriation ne se fera pas toute seule, il faut que la société civile s’organise pour s’en assurer. Il s’agit d’une véritable « entreprise » citoyenne.
  • A ces arguments s’ajoute la promesse d’une plus grande participation citoyenne aux institutions démocratiques existantes. Les nouvelles technologies doivent être pensées et « travaillées » pour que ce but soit atteignable.

Notre proposition s’inscrit dans une réponse déjà amorcée par les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Il s’agit pour nous d’y participer en apportant nos propres expertises et partenariats dans l’Education nationale, des organisations de l’Education populaire, des associations citoyennes, des artistes et des acteurs du secteur privé.

Cette collaboration, dont la structure officielle reste à déterminer, articule les ressources et expertises de chacun, au nom d’un projet transversal, collectif, lié au monde émergeant de l’internet des objets.

Rappel : L’économie Sociale et Solidaire

Wikipedia résume bien le cadre de l’économie sociale et solidaire, que leurs projets soient d’économie marchande ou non marchande :

La loi du 31 Juillet 2014 permet une reconnaissance explicite de ce modèle d’entrepreneuriat, centré sur l’Homme, « adapté à tous les domaines de l’activité humaine, auxquel adhèrent des personnes morales de droit privé qui remplissent les conditions cumulatives suivantes » :

  • un but autre que le seul partage des bénéfices
  • une gouvernance démocratique
  • une lucrativité limitée

Le respect des trois conditions liées à la finalité, à la gouvernance et à la lucrativité permet de réunir des entreprises aux statuts juridiques hétérogènes dont la finalité, le mode d’organisation ou le fonctionnement se différencient du modèle classique. Cela inclut : les coopératives d’entrepreneurs et d’usagers, les associations, les fondations, les mutuelles, mais aussi les ESAT et structures d’insertion par l’activité économique.

Crucial pour le contexte associatif français, l’ESS s’affranchi des subsides de l’Etat, même si ses objectifs se rapprochent de l’intérêt général. Ils font du bien-être, de la coopération et de la solidarité des priorités. Reste à consolider l’engagement de tous ceux qui peuvent y contribuer. D’où l’intérêt d’un projet transversale, socio-technique, qui tente d’’orchestrer les talents très divers de toutes les parties-prenantes d’un « écosystème » local, à échelle humaine.

Un « framework » ESS ?

Pour ce document, nous avons appliqué tant bien que mal un modèle de « Mission-Based Framework » au projet « STREET MEDIA TOTEM » :

Bien connu des écoles de commerce et de design, il n’est pas entièrement adapté aux pratiques d’entreprises ESS qui, par principe, résistent à une « rationalisation financière ».

Le « STREET MEDIA TOTEM » par exemple, n’est un « objet à vendre » à « une cible » à définir. Il s’agit plutôt d’une concrétisation pragmatique d’un projet de société plus vaste. C’est un processus de co-construction dont la finalité, placée dans l’espace public, témoigne d’une véritable cohésion sociale. Ici, l’objectif est un cheminent, la « cible » est le producteur, l’objet final un « contexte d’usage ». Les catégories « client », « produit » et « partie-prenantes » se croisent ou se confondent.

Cela ne veut pas dire pour autant que le travail engagé ici ne soit pas utile. Comment comprendre qui s’engage vis à vis d’une offre et pour quoi ?  Oui, un processus de « co-construction » peut être considéré comme une « offre ». Il peut être rejeté par une communauté de personnes qui ne souhaiterait pas se plier à l’exercice.  Comment cerner les facteurs qui contribueront à la réussite de l’initiative ?

Le projet exige une ouverture aux tempéraments et capacités des individus et structures individuelles qui y participent. Ce critère est courant dans les projets associatifs, tels qu’un jardin partagé, par exemple, où chacun plante, arrose, traine, parle, etc, pour des raisons qui lui conviennent. Le jardin continue à pousser et survit le passage des saisons.

Par contre, la construction d’un support de communication hautement technique, innovant, demande une autre réponse à la diversité des engagements de chacun.   Dans le contexte « ESS », la réussite n’est pas un « one shot », mais une responsabilité à long terme. Il s’agit donc de cerner les rouages d’une dynamique.

Note : En cours de route, des contradictions entre notre « framework » et notre projet ESS sont apparues. Nous n’avons pas pu nous empêcher de confondre le projet « STREET MEDIA TOTEM » et le projet ESS plus large qu’il recèle. Il s’agit d’un « flou » que sera levé une fois que toutes les parties prenantes pourront valider la plausibilité du projet plus vaste.

Ce travail n’est donc qu’une première approche, utile mais limitée.  Elle nous a permis de :

  1. Comprendre qui « s’engage » vis à vis du projet en dégageant quelques « Persona » type.
  2. Cerner la « valeur » de notre proposition auprès des « Persona », en fonction de leurs « besoins »/ attentes.
  3. Identifier les limites du « framework » ainsi que sa puissance : un nouveau projet émerge de ce premier travail.
  4. Lister les difficultés liées à l’implémentation d’un projet socio-technique collectif.
  5. Lister les bénéfices fonctionnels.
  6. Différencier les parties-prenantes de l’écosystème.
  7. Préparer le terrain pour imaginer une stratégie opérationnelle, ensemble..

Cerner le public : les Personas

Les caractéristiques du « public / clientèle » repose sur des critères quantitatifs et qualitatifs :

  • âge, genre, nationalité
  • la nature de son espace de vie, quelques traits de caractère
  • ses occupations et ses préoccupations
  • les médias consultés et les outils numériques utilisés.

L’engagement d’un public dont on comprend les motivations détermine l’offre et justifie sa « rationalisation » économique.

Pour le « STREET MEDIA TOTEM » on peut envisager quatre grandes catégories d’« utilisateurs » émergents :

  • des habitants très en marge du marché de l’emploi ;
  • des acteurs du monde associatif, plus intégrés, mais en situation de précarité ;
  • des fonctionnaires reliés à des institutions qui s’adressent à la question du « mieux vivre ensemble » ;
  • des entreprises qui intègrent le projet dans leur département R&D.

La question en pointillé : est ce qu’une synthèse de ces « Persona » est possible ? Ou est ce qu’il s’agit de définir une « Persona » spécifique à l’économie ESS ?

a) Les Personas habitants d’un quartier Politique de la Ville.

Persona Habitant 1 : Katia, jeune fille de 14 ans, française issue de l’immigration africaine.  Elle vit avec sa mère et 5 frères et sœurs dans un deux pièces. Elle a un cercle d’amies très proches, elles se déplacent « en bande ».  Katia fréquente des ateliers du Centre Socioculturel local, notamment un atelier centré sur les nouvelles technologies. Elle se souvient des noms des intervenants, auxquels elle s’attache ; elle cherche des repères. A priori timide, elle suit néanmoins des cours de danse hip hop, et a su, avec ses amies, participer à un spectacle en présence de centaines d’autres jeunes. Son « media préféré » : Instagram, pour rester bien au fait des activités de ses pairs.

Persona Habitant 2 : Pathi, 25 ans, réfugié afghan. Il parle l’anglais, le suédois et « vient de loin ». Trouver un endroit pour dormir est une préoccupation quotidienne. Sa santé est fragile. Il a intégré une formation dans un atelier de réparation de bicyclettes. Il sait participer aux projets : spontanément, il dessine une affiche ou accompagne un groupe d’enfants lors d’une Fête de Noel. Débrouillard, il utilise son téléphone 4G pour « tout ». Ouvert, il a néanmoins des attitudes « traditionnelles » envers les femmes (les femmes respectées sont celles qui tiennent leur place et ne se mettent pas en avant). Il se sent très en marge de la société française, et cherche désespérément à s’y intégrer.

Persona Habitant 3 : Sourya, 54 ans. Issue de l’immigration nord-africaine, elle habite le quartier depuis au moins 20 ans. Veuve, ses enfants sont grands maintenant. Elle écrit et lit peu, mais maitrise les bases du français. Elle ne cherche plus l’emploi qu’elle rêvait d’avoir et vit grâce au RMI. Elle n’est pas très orientée nouvelles technologies ; elle ne connaît pas Facebook et ne sait pas utiliser Word. Extravertie, elle participe volontiers aux activités associatives du quartier : elle planifie les pique niques et défilés de mode avec d’autres femmes du quartier ; elle commence à participer aux réunions de son Conseil citoyen.

b) Personas associations/établissements de formation.

Persona Association 1 : Joel, 35, gère un centre d’animation scientifique important, affilié au réseau d’Education Populaire et partenaire des « ExpoSciences ». Aujourd’hui, la robotique a le vent en poupe ; des « kits » spécifiques sortent pour les animateurs, clé de la réussite de l’offre d’ateliers, payants. Un bémol : les jeunes français en situation d’échec scolaire sont aux abonnés absents. Auparavant levier pour l’intégration sociale, les activités scientifiques para-scolaires sont aujourd’hui en décalage. Les jeunes du quartier s’intéressent plus aux « médias » qu’aux sciences et à la technique. Comment faire des réseaux sociaux un levier pour accéder à une connaissance scientifique ? Comment relier la robotique à l’Internet ?

Persona Associatif 2 : Raoul, graphiste, 32 ans, a trois enfants. Auto-entrepreneur, jeune et créatif, il gère une association locale qui propose des activités socio-culturelles. Il fait aussi partie d’un regroupement de « Tech Writers Without Borders», qui rédigent, traduisent et mettent en page des documents techniques. Malgré tout, il se sent éloigné des véritables enjeux des NTIC. Il se sent dépassé par l’horizon créatif porté par l’intelligence artificielle, clé de la nouvelle « avant garde » à la quelle il aimerait participer pleinement. Au fond du cœur, il souhaiterait ouvrir sa propre boîte, mais craint d’être dépassé dans un marché très compétitif.

c) Les « Personas » du monde professionnel :

Persona Professionnel 1 : Marie-Claire, 38 ans, gère un E.S.A.T. (Etablissements et Services d’Aide par le Travail), dans le façonnage de paquets en carton. Quelques centaines de personnes en situation de handicap y sont employés. Dans une pièce annexe, un petit groupe travaille à l’écran sur des taches comptables, avec des logiciels spécifiques. Leur situation est stable mais marginale. Surtout, ils sont fatigués de toujours faire la même chose. Marie-Claire souhaite renouveler la nature de ces emplois. Le marché du travail a aussi évolué et demande d’autres compétences. A cette fin, elle mène une veille technologique pointue, surtout en ce qui concerne l’Internet des objets (de la soudure à la programmation). Comment assurer une transition pour ses employés à l’E.S.A.T., dans un climat économique fragile ? Quel type de projet, pour quel « client » ?

Persona Professionnel 2 : Hervé, 58 ans, gère une société de services informatiques. Il a une douzaine d’employés. Il y a vingt ans, il en avait une 60aine et il investissait beaucoup plus dans la « R&D » ; aujourd’hui, c’est devenu un luxe. Cela dit, l’horizon technologique change de plus en plus rapidement. Ses employés peinent à trouver le temps pour s’auto-former, malgré leurs talents. Les anciennes solutions techniques ne sont plus rentables avec l’émergence de l’internet des objets, le « bots », la place centrale de toutes les applications « mobiles ». La pression monte. Pour l’aider à renouveler sa stratégie commerciale, Hervé est tenté par  les aides de la Région Ile de France. Mais il s’agit de dossiers lourds et il n’a pas les moyens d’imaginer, structurer et implémenter un projet innovant, risqué, sans garanties.

d) Les Personas des institutions.

Persona Institutions 1 : Fonctionnaire, Pascale, 38 ans, est très impliquée dans la réussite du mandat du nouveau Maire. Elle prend son travail « à bras le corps » : une équipe soudée, une implication totale auprès des associations et du public. Elle est au courant des challenges de la Civic Tech, à la croisée du big data, l’open source et des applications en-ligne qui renforcent l’accès à l’information. Par contre, la place des NTIC comme support de participation citoyenne lui paraît problématique : c’est toujours les mêmes qui « participent », avec ou sans moyens informatiques. L’information qui remonte est aussi de qualité médiocre et se résument à des plaintes déjà bien répertoriées. La nouvelle donne, face aux coupes budgétaires : s’impliquer dans les modèles économiques « sociaux et solidaires ». Les journées d’étude ne suffisent pas pour initier l’équipe de la Mairie aux exigences de l’entrepreneuriat ; il manque des « experts » pour repenser l’accompagnement du tissu associatif. Comment innover et à quel prix ?

e) Persona Hybride ?

A priori, une synthèse des traits partagés par ces « Personas » nous permettrait d’identifier et résoudre leurs problèmes et de mieux cerner comment « produire de la valeur » avec notre entreprise ESS.

Un doute : Est ce que notre « framework » a engendré des « utilisateurs théoriques », d’emblée adaptés à notre produit ? Est ce que tout a été pensé « à l’envers » ?

Problème : Ici, la « cible » est un collectif qui est aussi l’auteur de son propre projet. Les catégories de producteur, consommateur, partie prenante se confondent. Cela dit, on ne peut pas faire abstraction de la nécessité de cerner les motivations qui font vivre cette « entreprise sociale et solidaire ».

Notre « Persona hybride » est motivée par un désir de forger un nouveau type de collaboration dans son quartier. L’élan est solidaire et affectif, mais aussi « technique », lié au besoin de s’approprier des nouvelles technologies « iot », de l’internet de l’objet.  (… étoffer)

Pour y voir plus clair, il faut :

  • creuser les freins qui vont à l’encontre de ce projet
  • cerner les réponses à ces freins,
  • spécifier la « valeur » apportée par une collaboration « STREET MEDIA TOTEM ».

Freins

La raison d’être du projet « STREET MEDIA TOTEM » est ancrée dans les forces négatives  qui l’empêchent d’exister. A l’inverse, surmonter ces forces négatives justifie l’effort à fournir pour le lancer.  Raisonnement circulaire ?

La mutualisation de ressources est souvent freinée par des priorités individuelles. Ces priorités s’imposent malgré tous les arguments utilisés. Pour ne citer qu’un exemple, beaucoup d’associations feront faillite avant de tendre la main à d’autres. Dans ces conditions, comment faire évoluer la vie quotidienne d’un quartier en difficulté ?

Freins des Personas

  • Face aux lenteurs d’un projet dont ils ne maitrisent pas l’aboutissement, les habitants décrochent.
  • Les associations sont en compétition les unes avec les autres pour des subsides de plus en plus rares. Ce projet « collectif » l’est-il réellement ? Faut-il « sacrifier » ses maigres ressources pour le projet de « l’autre » ?
  • Une entreprise ne peut pas être distraites par des activités qui ne « rapportent rien ». Impossible de faire un saut dans le vide sans filet de sécurité.
  • Pour les équipes de la Mairie, un projet de cette envergure est inédit. Il faut créer une « place » spéciale pour lui, tant physique que dans l’imaginaire collectif. Personne n’est réellement qualifié ou habilité à faire ce travail.
  • Les jeunes non-encadrés peuvent avoir le sentiment de « perdre la face ».
  • (…)

Freins de notre « Persona hybride »

Les difficultés rencontrées par notre « Persona Hybride » sont d’un autre ordre, plutôt logistiques.  Le « STREET MEDIA TOTEM » est un projet de communication. Le manque de maîtrise des méthodes de communication est plus grand frein à l’avancement du projet :

  • Rares moments « calmes » lors desquels de véritables discussions peuvent être organisées.
  • Lors qu’elles ont lieu, manque de méthodologie pour assurer une écoute et des échanges constructifs.
  • De même, manque d’articulation entre ces moments partagés.
  • Manque d’archivage et donc de travail sur les acquis.
  • Absence de supports pour restituer l’essentiel des échanges.
  • Difficulté à planifier une « production » aussi « polymorphe » qu’un « STREET MEDIA TOTEM » avec son Cahier des Charges Techniques, sa Charte Editoriale, sa Charte Graphique, etc.
  • « Vide » devant le travail de documentation qui permettrait de mutualiser les avancées techniques et méthodologiques.

A ces freins liés à la communication, s’ajoutent des obstacles liés à la mise en place de tout projet collectif :

  • Vieux instincts « hiérarchiques », qui rendent difficile le partage de l’autorité, et des responsabilités.
  • Structure légale complexe.
  • Manque de revenus pour couvrir les frais d’une véritable structure.
  • Difficulté à redistribuer les revenus trouvés.
  • Manque de canaux de communication avec les parties prenantes qui ne sont pas officiellement membres de la structure.
  • Ne pas pouvoir s’affranchir des aléas liés aux élections locales…

La question de la « valeur »

Face à ces obstacles, à quoi bon ?

Quelles « valeurs » ou « retours sur investissement » associer au projet « STREET MEDIA TOTEM » ? Le projet résiste aux approches fondées sur la seule notion de « rareté » qui inspire un projet plus commercial.

  • Dans un premier temps, reprenons chaque « Persona » pour voir comment la co-construction d’un « STREET MEDIA TOTEM » pourrait contribuer à produire de la « valeur » pour chacune d’entre elles.
  • Ensuite, nous verrons les valeurs créées au nom de notre « Persona Hybride ».

Note : je suis consciente du fait la notion de « valeur » n’est pas claire ici.

a) Création de valeur pour les habitants :

Katia a participé à un atelier « Petit Débrouillard » au Centre socio-culturel organisé autour de la construction de composantes lumineuses.  Elle a soudé des composantes électroniques pour la première fois de sa vie. Mais elle a progressé très vite. En avance par rapport aux autres dans le groupe, elle a pu les aider. Elle se découvre une fibre scientifique !

La contribution de Pathi au projet « STREET MEDIA TOTEM » a été simple et symbolique ; souder pour lui est un jeu d’enfant. Il a été néanmoins très touché par sa participation à un projet collectif. Il a travaillé côte à côte avec des personnes qu’il n’aurait jamais croisées. De voir « sa part » de travail associée aux « parts » des autres pour donner forme à un « totem » placé dans l’espace public a été source d’un sentiment d’appartenance qui lui manquait profondément.

Sourya, contre toute attente, est devenue une des « stars » du « STREET MEDIA TOTEM ». Suite à sa participation à des ateliers de parole en petit groupe, elle a été interviewée a plusieurs reprises par une équipe de jeunes vidéastes du Centre socio-culturel du quartier, qui lui ont posé des questions sur x,y,z. Elle s’est habituée à la caméra et a pris de l’aisance. (…)  Aujourd’hui, c’est son témoignage qui suscite le plus de « contributions », dans la forme sms postés sur le panneau LED ou de vidéo envoyés par l’Internet.

Pathi a amené ses collègues en formation pour voir le « STREET MEDIA TOTEM », installé dans une zone piétonne. Ensemble ils ont regardé les vidéos et ont découvert le témoignage de Sourya sur un des écrans. Lui et ses collègues en ont discuté, ont participant à un « dialogue » qui, auparavant, se serait limité au cercle de femmes du Centre Social.

Katia est trop timide pour se voir « à l’affiche », mais elle est secrètement fière de Sourya.  Elle participe à la plateforme en-ligne et prend régulièrement son téléphone pour « poster » un sms sur le panneau LED du « STREET MEDIA TOTEM ».

b)  Création de valeur pour les associations :

Denis était déjà débordé par ses ateliers scientifiques et ne comprenait pas l’intérêt d’un objet dont la fonction n’était « pas claire ». Un projet de plus ! Au fur et à mesure de l’avancement des ateliers sur le contenu, il a remarqué la manière dont les jeunes s’amusaient à se filmer, puis à se rassembler devant les écrans qui diffusaient leurs images. Des questions techniques se sont vites posées, notamment sur l’articulation des écrans entre eux. La Mairie s’est tourné vers lui pour organiser des ateliers, autour de questions « claires ». Sa participation a aidé à préciser un Cahier des charges Technique pour le « STREET MEDIA TOTEM », dont il comprend mieux les objectifs maintenant. Il a été surpris du nombre d’adultes qui ont rejoint les rangs des jeunes.

Raoul avait peur qu’on se tourne vers lui que pour ses compétences professionnelles, à fournir bénévolement. En voyant émerger un objet multimédia relié à l’internet, il s’est vite rendu compte qu’il avait beaucoup à gagner en s’y associant. En échange pour des leçons d’Arduino, il a pris des notes et mis en forme des « fiches techniques » pour les prochains ateliers.

Denis a repris les fiches de Raoul pour ses ateliers. Les jeunes y ont ajouté des dessins techniques et des photographies de leurs réalisations. Ensemble, ils ont rédigé un véritable « support de formation » devenu un élément clé du « Manuel d’Usage  STREET MEDIA TOTEM, plateforme transmédia ».

Raoul a envoyé une copie de cette documentation à « Tech Writers Without Borders », qui l’ont traduite et mise en ligne pour l’accès à « tous ».

En voyant le comportement du public face aux écrans devenus « interactifs », Raoul a commencé à réfléchir au design de l’interface du dispositif. Comment y intégrer des « bots » ? Comment transformer le « STREET MEDIA TOTEM » en personnage à part entière, doté d’une interactivité non-instrumentalisée ? Tout un horizon d’expérimentations techniques s’est ouvert à lui, avec un contexte de « prototypage » très porteur.

c) Création de valeur pour les entreprises locales :

Dès que Marie-Claire avait entendu le « pitch » du projet « STREET MEDIA TOTEM », elle a compris son intérêt. Elle imaginait déjà son atelier de façonnage transformé en FabLab. Bien sur, impossible d’aller si vite. Mais la question était posée : comment organiser ses employés de telle sorte qu’ils pourraient fabriquer un certain nombre d’éléments contribuant à la co-construction d’un objet hautement « technique », à vocation sociale, placé dans l’espace public ? Quels partenaires pourraient fournir l’espace nécessaire à cette expérimentation (sans pour autant mettre en péril le modèle existant ?).  Les pistes sont évidentes, les moyens disponibles.

d) Création de valeur pour les Institutions :

Pascale s’est intéressé au projet « STREET MEDIA TOTEM » comme dispositif de restitution des ateliers de parole. Ces ateliers, qu’elle a impulsés avec ses partenaires sur le terrain, sont essentiels au « mieux vivre ensemble » du quartier. Avec deux bémols.  D’une part, les femmes parlent entre elles, les jeunes entre eux ; rares sont les discussions dans un contexte de « mixité ». Par ailleurs, les échanges d’un jour sont vites oubliés ; tous les enregistrements des discussions se retrouvent au fond d’un tiroir. Il en résulte que la discussion ne se « construit » pas au fil du temps. Pour elle, le « STREET MEDIA TOTEM » a été un support pour « recycler » ou « upcylcer » la parole, et la porter dans la rue.

Le dispositif a eu plusieurs incarnations, et les plus simples lui plaisent le plus : le simple panneau LED accompagné d’une affiche ; trois écrans mis en scène au coin d’une rue piétonne. Chaque dispositif a posé différemment la question de l’interface, essentielle pour reconstituer une dynamique d’échanges d’idées.  Elle avait sous-estimé l’importance du Design, qu’elle découvre comme élément central dans la réussite de la « participation ».

Se pose aujourd’hui la pérennisation des premiers prototypes et notamment des collaborations qui les accompagne. Comment consolider le partage de taches ? Renforcer les compétences maintenant que la « co-construction » s’est avérée possible ?  Les Services Techniques de la Ville sont, a priori, prêts à contribuer à la consolidation de cette « signalétique participative citoyenne », liée aussi aux activités des Conseils Citoyens.  Comment faire pour continuer à impliquer un maximum d’habitants ?

La question de fond : est ce que cette dynamique fort sympathique, portée à bout de bras par tous, peut déboucher sur une activité économique « solidaire », adaptée aux talents de chacun ? sur le modèle des Régies de Quartier, mais autour d’un dispositif socio-technique de « communication » ?

Bénéfices fonctionnels pour le « collectif »

Le « STREET MEDIA TOTEM » est aussi une concrétisation pragmatique d’un projet de société plus vaste.

Un quartier dynamisé

D’une part, le processus de coordination, construction et utilisation dynamise le quartier :

  • Il adresse la question de ce que chacun « est » et peut « devenir » autour d’un projet collectif « témoin ».
  • Il « forme » à une méthodologie de discussion.
  • Il initie aux technologies de pointe tout un ensemble d’acteurs.
  • Il est un exemple d’innovation socio-technique, à étudier.

Un « processus » transversal éducatif

  • Comprendre en quoi consiste une communication « transmédia ».
  • Maitriser des méthodes de management d’un collectif citoyen qui prendrait le temps de définir et gérer « les risques » et investissements de chacun.
  • Renforcer la volonté de « partager » le poids administratif et logistique d’un projet transversal.
  • Inciter la participation d’entreprises avec des déductions fiscales ou autres formes de « reconnaissance » financière.
  • Reconnaître l’investissement d’individus en trouvant une « récompense » en nature (points de retraite ? etc.).

Le  « STREET MEDIA TOTEM » est un objet utile une fois implanté dans l’espace urbain :

Ses fonctions varient d’étape en étape. Disons qu’en tant qu’objet abouti, placé dans l’espace urbain, il :

  • Fournit un « spot » lumineux qui éclaire un pan de rue,
  • Sert de support pour communiquer des informations « locales », liées aux activités associatives, aux initiatives de la Mairie,
  • Met en vitrine et valorise les opinions des habitants qui discutent d’un sujet qui les concerne
  • Ouvre cette discussion aux contributions d’autres habitants
  • Illustre les propos du thème de discussion (références historiques, exemples de la presse – il s’agit donc d’un support d’éducation aussi).
  • Sert de vitrine à des projets, telle qu’une vidéo sur des danses hip-hop lors de la Fête de Fin d’année, ou de dessins faits par des collégiens autour d’une thématique spécifique.
  • Sert de support de publicité pour quelques commerces locaux.

On peut imaginer la création de trois emplois spécifiques :

  • La maintenance informatique,
  • L’encadrement éditorial des contenus,
  • La gestion de projet « jumeaux » à travers d’autres quartiers Politique de la Ville, à travers Paris.

Valeurs humaines :

Finalement, notre « Persona Hybride » (voir ci-dessus) se tourne vers le « STREET MEDIA TOTEM » pour :

  • Le plaisir d’avoir été « écouté » et « entendu » et « apprécié »
  • Exercer la tolérance : apprécier les différentes temporalités qui caractérisent les contributions de chacun.
  • Une fierté d’avoir été utile et d’avoir contribué à un projet collectif, inclusif.
  • La récompense d’avoir été associé à un projet « innovant », expérimental, haut de gamme,
  • La force qui résulte d’une meilleure compréhension et « maitrise » de son environnement.

Le « STREET MEDIA TOTEM » : Valeur Fondamentale

Le « framework » qui structure ce document (voir graphique ci-dessus) précise que le travail mené jusqu’à présent doit d’identifier une « CORE VALUE », c’est à dire une « VALEUR FONDAMENTALE ».

Même dans le contexte d’une entreprise commerciale, cette valeur concerne et touche l’ensemble des parties-prenantes :

  • La valeur fondamentale qui se dégage du projet doit « durer pendant un siècle ».
  • C’est une valeur qui puise sa force parce qu’elle n’est jamais atteinte.
  • Ici, « gagner sa vie » coïncide avec l’acte de « contribuer quelque chose de valeur à la société ».

Pour nous, il s’agirait d’une « valeur » que le collectif définirait pour lui même. Un « pitch à long terme ».  A titre d’exemple, voici quelques propositions :

  1. Construire pour mieux écouter, écouter pour mieux partager.
  2. Mettre le contrôle des outils de communication entre les mains des citoyens.
  3. Partager les technologies et les moyens qui donnent la parole à tous.
  4. Apprendre à construire, pour mieux écouter, transmettre et partager.
  5. Transmettre des méthodes et techniques de communication afin de construire une société plus juste.
  6. Fédérer les parties prenantes d’un quartier pour expérimenter des outils de communication innovants.
  7. Que chaque habitant s’engage pour concevoir et construire une « communication citoyenne ».
  8. Pour approche pragmatique à la connaissance scientifique et sociale.
  9. Que la participation citoyenne soit ancrée dans l’appropriation d’avancées scientifiques et techniques.

Bref….

La Mission Stratégique et « S.M.A.R.T »

Pour résumer : il s’agit de décrire ce qu’il faut faire pour lancer la construction participative et l’usage collectif d’objets de communication « iot » dans son quartier. Les objectifs :

  • faire que deux cent personnes du quartier soient impliqués dans une facette ou une autre du projet
  • coordonner les expertises et les moyens
  • déterminer les lieux (de fabrication, d’installation)
  • faire émerger un plan de rentabilisation.

Pour aller vite (car c’est bien collectivement qu’il faut revoir ces points !), les buts spécifique, mesurables, décidés d’un commun accord, réaliste et inscrits dans un calendrier (SMART) sont :

1.    Identifier les parties-prenantes :

Les pistes (voir aussi « Personas »…) :

  1. Solliciter les budgets des Conseils Citoyens, pour faire du « STREET MEDIA TOTEM » un projet phare.
  2. Identifier, dans les quartiers Politique de la Ville, différentes ressources complémentaires. Par exemple :
  • une école professionnelle avec des ateliers sous-utilisés peut accueillir un FabLab ;
  • une E.S.A.T. dans un arrondissement pour assembler « à la chaine » des composantes ;
  • L’Antenne Jeunes et Le Centre Social pour coordonner leurs ateliers de parole avec l’aide d’une animatrice formée ;
  • Une association NTIC pour encadrer un groupe d’élèves du Lycée pour faire le montage vidéo des dialogues à diffuser ;
  • l’ingénieur d’une société pour rédiger le Cahier des charges d’un système de détection de présence rattaché à un moteur de comportement ;
  • un artiste pour créer une Charte Graphique, etc.

2.    Lancer des expérimentations à petite échelle :

ETAPE 01 :

  1. Avril 2017 : Liste des membres du collectif, structure juridique établie.
  2. Juin 2017 : Accord sur le rôle et les contributions de principe de chaque membre.
  3. Juillet 2017 : Intégration des actions dans les calendriers de la rentrée.
  4. Aout 2017 : Dessin du prototype à réaliser.

ETAPE 02 :

  1. Septembre 2017 : Formation des animateurs associés au projet.
  2. Octobre 2017 : Lancement ateliers divers (de parole, d’électronique).
  3. Novembre 2017 : Assemblage et Test du prototype interactif.
  4. Décembre 2017 : Fête de la lumière avec installation du prototype.

ETAPE 03 :

  1. Janvier 2018 : Bilan et nouveaux dessins pour nouveau prototype.
  2. Février 2018 : Nouvelles formations.
  3. Mars- Avril 2018 : Nouvelle série d’ateliers (de parole, d’électronique).
  4. Mai 2018 : Assemblage et tests du prototype.
  5. Juin 2018 : Fête(s) de Fin d’Année, nouveau prototype installé à la place du premier, ou bien dans un endroit différent.
  6. Juillet-Aout 2018 : Tests et étude des usages.

Trouver comment « rationaliser » les expérimentations :

(… travail encore à imaginer…)

Les « responsables »

Note : idéalement, chaque partie-prenante du projet rédigerait sa part de ce document.

Nous avons déjà vu que ce contexte collectif brouille la différence entre producteur, partie prenante et client.

Est-il possible de désigner un « producteur responsable » dans cette constellation d’acteurs/auteurs ?

Qui fédère et articule les talents des parties prenantes autour de la co-construction du dispositif ?

Qui sont des « parties-prenantes » qui n’ont pas été mentionnées en tant que « Personas », qui sont plus ou moins annexes au processus de co-construction ?

L’équipe Concert-Urbain, un responsable de passage.

Concert-Urbain imagine des projets et des applications « civic tech ». Elle n’a pas de salariés. Tout dépend de la motivation et de l’engagement de ses membres, plus ou moins bénévoles en fonction des subsides recueillis.

L’Equipe Concert-Urbain déploie des avancées technologiques développées « ailleurs ». Par contre, ses membres ont un intérêt à comprendre ces avancées pour gagner leur vie (« ailleurs », aussi).

  • Certains sont programmeurs, et profitent d’un travail associatif pour expérimenter des nouveaux logiciels ou services.
  • D’autres sont formateurs, et se servent du contexte associatif pour trouver un « terrain » d’expérimentation avec des élèves.
  • D’autres encore sont artistes, et trouvent, par le biais de l’associatif, un accès inespéré à des technologies nouvelles.
  • Combinés, ces avantages donnent à l’équipe Concert-Urbain un sentiment d’autonomie par rapport aux pressions quotidiennes, d’agir « de leur propre chef », de répondre à des questions qu’ils se posent, eux-mêmes.

Cela dit, certains membres de Concert-Urbain investissent des moyens personnels dans la réalisation des projets.  Le contexte économique de l’association est « irrationnel ».

A ce stade préliminaire, l’équipe Concert-Urbain assume la conception du projet « STREET MEDIA TOTEM ». Jusqu’à présent, elle a rédigée les demandes de subvention, encadré les beta-tests, fait le nécessaire pour son implémentation, et assuré la comptabilité globale.

Autres parties prenantes :  ….

 (document toujours en cours de rédaction…)